Le projet “Être l’île” soutenu par Family Movie, avance bon gré mal gré, pour l’instant exclusivement tourné avec l’émulsion super 8 Chrome D. Les derniers tournages ont eu lieu à lîle de La Réunion en avril dernier, avec des conditions lumineuses très particulières: lumière intense et couleurs saturées, abondance de teintes vertes liées à l’omniprésence d’une végétation luxuriante; lumière très contrastée également, le soleil austral du tropique étant plus incliné que sous nos latitudes, les ombres sont allongées.
Très belle surprise de constater qu’en dépit du délai de péremption largement dépassé (plus d’un an), les passages au rayon X de l’aéroport, les chocs thermiques, les pellicules sont revenues impeccables du laboratoire. Le plaisir du grain fin de la Velvia (j’ai de plus en plus de mal à supporter celui de l’Echtachrome) et de constater à quel point les couleurs, les basses lumières, les situations de contrastes lumineux extrêmes sont ressortis avec une fidélité étonnante par rapport avec ce que j’avais dans le viseur. J’ai filmé le soir sur la plage de l’Étang salé, au crépuscule, avec un sable noir (volcanique). La cellule m’indiquait que je n’avais pas assez de lumière (Sankyo EM-60XL) et j’ai un résultat très satisfaisant (à part qu’il était impossible de faire la mise au point au téléobjectif tant il faisait sombre). Il semblerait que la Sankyo soit étalonnée pour cette pellicule. J’ai de meilleurs résultats qu’avec ma Beaulieu 4008. Par contre, j’ai évité les problèmes de mauvais rendus sur les contre-jours en actionnant systématiquement le levier de compensation: le résultat est parfait.
Globalement, la Chrome D sature dans les verts et donne une dominante verte excessive dès qu’on est dans un registre bleu-vert (mer, étang avec arbres). Par contre, dès qu’un élément chromatique différent intervient, il est littéralement boosté par contrastes simultanés (les orangés, les violets, les roses, les rouges explosent littéralement).
Le seul souci est la stabilité dans le temps des couleurs. Il semble que les Fuji ont mauvaise réputation pour cela. Là-dessus aucun recul concernant cette pellicule et c’est bien dommage.
Le film se concentre sur la notion d’exil et d’insularité. J’ai alterné prises de vue et abondance de croquis. Croquis de paysages réels et de paysages intérieurs, fusionnant souvent autoportraits et paysages. À partir d’un certain moment, une dynamique intéressante s’est mise en place, le croquis appelant l’image filmique, qui à son tour suscitait le croquis. Le carnet de croquis, s’est mêlé aux prises de vue, devenant tantôt un objet filmé, une présence, tantôt étant absorbé en image plein cadre. Il me reste à filmer image par image des éléments du carnet qui doivent s’animer. Puis va se poser le problème de la bande sonore. J’ai fait quelques captations intéressantes et quelques interviews. Je pense distinguer 2 films: un consacré à Sète et un consacré à La Réunion. Mais je n’en suis pas encore au montage!
Leave a reply