Les tests avec la chrome D (Velvia reconditionnée) (avec la Beaulieu 4008 et une Sankyo EM-60 XL) donnent les résultats suivants, EN LUMIERE NATURELLE:
Le grain est fin, le spectre coloré assez large, de beaux contrastes et une gamme chromatique très proche de la Kodachrome avec cependant une dominante froide bleutée très marquée. Dans les ciels, les hautes lumières, on a pas mal de détails, comme avec l’Ektachrome. Contrairement à ce qui est indiqué sur l’emballage, si on filme avec le filtre lumière du jour (80 B), le film reprend des couleurs chaudes et la gamme des rouges-orangers s’approche beaucoup de la K40. Si on suit les instructions de l’emballage (sans filtre 80 B), en lumière du jour, on obtient une tonalité froide. Ceci dit rien à voir avec les résultats en Ektachrome: si on omet de retirer le filtre avec l’Ekta, en lumière du jour on aura un voile bleu infâme. Ca passe très bien avec la Chrome D, et donne une tonalité très particulière et intéressante. En macrophotographie le résultat est bluffant avec ou sans filtre, matières , textures sont restituées avec une finesse et une fidélité chromatique hallucinantes en lumière du jour.
Un défaut majeur: la Chrome D ne tolère pas les contre-jours (alors qu’ils peuvent être faits de contrastes magnifiques avec l’Ekta ou la K40). Aucun contraste, perte des couleurs avec dominante monochrome bleue, image plate surexposée ou sous-exposée. Au contraire, résultats superbes et équilibrés en plein soleil (détestables pour l’Ekta si le soleil est au zénith, magnifiques si la lumière est radiale, en hiver, automne, au printemps ou le soir).
Autre défaut, le conditionnement semble bizarre car il perturbe mes compteurs-image: il semble qu’il y ait un mètre ou deux de moins dans la cartouche, car à chaque bobine, mon film est fini alors que je suis dans la zone des 13 mètres!?
Je n’ai malheureusement pas pu faire des tests en lumière artificielle. Ma Beaulieu a accumulé les problèmes techniques: filtre bloqué, chargeur et accus en fin de vie! Du coup, je me suis concentrée à faire des prises de vue avec la Sankyo sur le projet “Etre l’île”.
Le tournage a lieu à Nevers, Sète, Frontignan. Le point de départ est l’île sur la Loire visible depuis la fenêtre de ma chambre à Nevers. Le désir d’ “être l’île” exprime ce désir d’un mouvement perpétuel, d’une insatisfaction à atteindre quelque chose d’inaccesible, l’ailleurs, l’espace au-delà. Pour atteindre l’île, il faut traverser l’élément liquide (fleuve ou mer). Une fois arrivé dans lîle, le désir du départ, l’omniprésence de l’eau appelle immédiatement au départ, au désir d’infini. En réfléchissant, l’île est devenue l’expression de l’exil et de l’instabilité qui s’installe au sein de l’exilé: allers-retours entre l’ici et là-bas, écartèlement jamais résolu. Pour moi cet exil est lié à mon histoire (famille d’origine Maltaise et pied-noir de Tunisie et d’Algérie, enfance en Tunisie, puis en Guadeloupe, puis à La Réunion, enracinement à Sète, presqu’île (”île singulière” selon l’expression de Paul Valéry).
Le film articulera des vues de Sète et de l’île de la Loire ainsi que de nombreux dessins fixes et animés qui sont des autoportraits à travers mes obsessions du déracinement et de l’enracinement. Des lectures des textes de Paul Valéry, Leïla Sebbar et Malika Mokkedem nourrissent ma réflexion.
J’ai effectué un travail aux archives municipales de Sète sur les noms infiniment variables de la ville à travers son histoire: identité instable et mouvante qui rejoint cette dynamique de l’exil et l’interculturalité. J’ai interviewé le président du club Occitan de Sète sur les origines du parler sétois et sur les différentes vagues d’immigration à Sète. J’essaye actuellement d’obtenir une interview de Malika Mokkedem écrivaine algérienne installée depuis longtemps à Montpellier qui décrit admirablement tous ses mouvements intérieurs de l’exil, des deux côtés de la Méditerranée.
Il me reste encore à achever les dessins, les filmer et tenter les prises de vue en lumière artificielle.








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