Les billets de ‘Soutien à : Cécile Ravel

Vendredi
2 juil 2010

Le projet “Être l’île” soutenu par Family Movie, avance bon gré mal gré, pour l’instant exclusivement tourné avec l’émulsion super 8 Chrome D. Les derniers tournages ont eu lieu à lîle de La Réunion en avril dernier, avec des conditions lumineuses très particulières: lumière intense et couleurs saturées, abondance de teintes vertes liées à l’omniprésence d’une végétation luxuriante; lumière très contrastée également, le soleil austral du tropique étant plus incliné que sous nos latitudes, les ombres sont allongées.
Très belle surprise de constater qu’en dépit du délai de péremption largement dépassé (plus d’un an), les passages au rayon X de l’aéroport, les chocs thermiques, les pellicules sont revenues impeccables du laboratoire. Le plaisir du grain fin de la Velvia (j’ai de plus en plus de mal à supporter celui de l’Echtachrome) et de constater à quel point les couleurs, les basses lumières, les situations de contrastes lumineux extrêmes sont ressortis avec une fidélité étonnante par rapport avec ce que j’avais dans le viseur. J’ai filmé le soir sur la plage de l’Étang salé, au crépuscule, avec un sable noir (volcanique). La cellule m’indiquait que je n’avais pas assez de lumière (Sankyo EM-60XL) et j’ai un résultat très satisfaisant (à part qu’il était impossible de faire la mise au point au téléobjectif tant il faisait sombre). Il semblerait que la Sankyo soit étalonnée pour cette pellicule. J’ai de meilleurs résultats qu’avec ma Beaulieu 4008. Par contre, j’ai évité les problèmes de mauvais rendus sur les contre-jours en actionnant systématiquement le levier de compensation: le résultat est parfait.
Globalement, la Chrome D sature dans les verts et donne une dominante verte excessive dès qu’on est dans un registre bleu-vert (mer, étang avec arbres). Par contre, dès qu’un élément chromatique différent intervient, il est littéralement boosté par contrastes simultanés (les orangés, les violets, les roses, les rouges explosent littéralement).
Le seul souci est la stabilité dans le temps des couleurs. Il semble que les Fuji ont mauvaise réputation pour cela. Là-dessus aucun recul concernant cette pellicule et c’est bien dommage.

Le film se concentre sur la notion d’exil et d’insularité. J’ai alterné prises de vue et abondance de croquis. Croquis de paysages réels et de paysages intérieurs, fusionnant souvent autoportraits et paysages. À partir d’un certain moment, une dynamique intéressante s’est mise en place, le croquis appelant l’image filmique, qui à son tour suscitait le croquis. Le carnet de croquis, s’est mêlé aux prises de vue, devenant tantôt un objet filmé, une présence, tantôt étant absorbé en image plein cadre. Il me reste à filmer image par image des éléments du carnet qui doivent s’animer. Puis va se poser le problème de la bande sonore. J’ai fait quelques captations intéressantes et quelques interviews. Je pense distinguer 2 films: un consacré à Sète et un consacré à La Réunion. Mais je n’en suis pas encore au montage!

Jeudi
17 sept 2009

J’ai achevé le 1er juillet un film intitulé “Baignades interdites”, qui est un documentaire militant de 22 mn. Le film es tourné majoritairement en vidéo HD mais inclut beaucoup d’archives personnelles tournées en super 8. Le choix du support vidéo s’expliquait par l’urgence de la réalisation et l’importance des interviews avec son synchrone. J’ai démarré en avril et devais mettre en ligne le film le 1er juillet sur internet. Cette date butoir correspondait à l’ouverture théorique de la Piscine municipale d’été de Nevers (”Piscine  de la Jonction”) que le Maire avait décidé de fermer définitivement sans consulter aucune des instances de démocratie participative qu’il avait initiées un an auparavant. Mettre le film sur le net c’était obliger la Municipalité de Nevers à écouter ce que les membres des conseils de quartier avaient à dire sur le sujet, et surtout ce que la majorité des usagers de cette piscine pensaient de cette
fermeture. Car ce lieu a une histoire d’un siècle, d’abord bassin de baignade et de natation (port de la Jonction situé sur le canal du Nivernais, accolé à la Loire), puis piscine unique construite à l’intérieur de l’écluse qui relie le canal au fleuve (d’où le nom de Jonction). Il y avait là une urgence  de travail de mémoire à réaliser.
Donc je me suis confrontée au support vidéo comme outil de tournage pour la première fois. Là, j’ai apprécié d’avoir une pratique exclusive du super 8 au préalable: le réflexe de la bobine coûteuse de 3 mn me conduit à ne pas “gaspiller” les rushes video, et aller efficacement à l’essentiel. Sur 22mn de film je n’ai qu’une cassette de 60 mn de rushes, soit moins de deux tiers de chutes. Le montage image s’est fait en deux jours. Le montage sonore a été infiniment plus long, j’avais 4 heures d’interviews sonores, et je souhaitais multiplier les plans sonores, en créant des surimpressions, d’où un long travail de mixage (sans compter le “nettoyage” de chaque interview). La longue nuit du 30 juin s’est achevée à 10h du matin avec la caméra de France 3 Bourgogne dans mon bureau tandis que l’ordinateur finissait d’encoder, afin que la couverture du film passe au journal télévisé de France 3 Bourgogne à 19h ce même jour. L’après midi
nous manifestions devant la piscine, à 21h le film passait dans un café de Nevers devant une foule de Neversois qui encombraient la chaussée et deux jours plus tard, face à la Loire, en plein air sur grand écran, devant plus de 300 personnes.
Le film est visible sur Youtube, en 3 parties:

Partie 1 : http://www.youtube.com/watch?v=uWulHE5elOg

Partie 2 : http://www.youtube.com/watch?v=zPJW1XZxKy8

Partie 3 : http://www.youtube.com/watch?v=-QglR7S-Znw

Le reportage de France 3 Bourgogne est visible sur le lien suivant:

http://jt.france3.fr/player/regions/?id=b21a_1920
Aller jusqu’à 13 min 30 pour trouver le début du reportage

San Francisco Art Institute

Jeudi
17 sept 2009

Je suis partie cet été en Californie pour un périple de 4 semaines. J’avais l’intention de retrouver San Francisco et son école d’art, Le San Francisco Art Institute où j’ai découvert la pratique du cinéma expérimental à travers le super 8 et le 16 mm, il y a 19 ans. J’ai eu la chance de retrouver mes enseignants d’alors, en particulier Larry Jordan, mon professeur de cinéma d’animation. Je rends compte de ces retrouvailles sur le blog de Bref magazine.
D’autre part, le prochain numéro de Bref consacrera un article de 3 pages sur ma pratique cinématographique, rédigé par Raphaël Bassan. Sortie prévue le 15 septembre 2009.

Être l’île

Dimanche
14 juin 2009

Les tests avec la chrome D (Velvia reconditionnée) (avec la Beaulieu 4008 et une Sankyo EM-60 XL) donnent les résultats suivants, EN LUMIERE NATURELLE:
Le grain est fin, le spectre coloré assez large, de beaux contrastes et une gamme chromatique très proche de la Kodachrome avec cependant une dominante froide bleutée très marquée. Dans les ciels, les hautes lumières, on a pas mal de détails, comme avec l’Ektachrome. Contrairement à ce qui est indiqué sur l’emballage, si on filme avec le filtre lumière du jour (80 B), le film reprend des couleurs chaudes et la gamme des rouges-orangers s’approche beaucoup de la K40. Si on suit les instructions de l’emballage (sans filtre 80 B), en lumière du jour, on obtient une tonalité froide. Ceci dit rien à voir avec les résultats en Ektachrome: si on omet de retirer le filtre avec l’Ekta, en lumière du jour on aura un voile bleu infâme. Ca passe très bien avec la Chrome D, et donne une tonalité très particulière et intéressante. En macrophotographie le résultat est bluffant avec ou sans filtre, matières , textures sont restituées avec une finesse et une fidélité chromatique hallucinantes en lumière du jour.
Un défaut majeur: la Chrome D ne tolère pas les contre-jours (alors qu’ils peuvent être faits de contrastes magnifiques avec l’Ekta ou la K40). Aucun contraste, perte des couleurs avec dominante monochrome bleue, image plate surexposée ou sous-exposée. Au contraire, résultats superbes et équilibrés en plein soleil (détestables pour l’Ekta si le soleil est au zénith, magnifiques si la lumière est radiale, en hiver, automne, au printemps ou le soir).
Autre défaut, le conditionnement semble bizarre car il perturbe mes compteurs-image: il semble qu’il y ait un mètre ou deux de moins dans la cartouche, car à chaque bobine, mon film est fini alors que je suis dans la zone des 13 mètres!?
Je n’ai malheureusement pas pu faire des tests en lumière artificielle. Ma Beaulieu a accumulé les problèmes techniques: filtre bloqué, chargeur et accus en fin de vie! Du coup, je me suis concentrée à faire des prises de vue avec la Sankyo sur le projet “Etre l’île”.

Le tournage a lieu à Nevers, Sète, Frontignan. Le point de départ est l’île sur la Loire visible depuis la fenêtre de ma chambre à Nevers. Le désir d’ “être l’île” exprime ce désir d’un mouvement perpétuel, d’une insatisfaction à atteindre quelque chose d’inaccesible, l’ailleurs, l’espace au-delà. Pour atteindre l’île, il faut traverser l’élément liquide (fleuve ou mer). Une fois arrivé dans lîle, le désir du départ, l’omniprésence de l’eau appelle immédiatement au départ, au désir d’infini. En réfléchissant, l’île est devenue l’expression de l’exil et de l’instabilité qui s’installe au sein de l’exilé: allers-retours entre l’ici et là-bas, écartèlement jamais résolu. Pour moi cet exil est lié à mon histoire (famille d’origine Maltaise et pied-noir de Tunisie et d’Algérie, enfance en Tunisie, puis en Guadeloupe, puis à La Réunion, enracinement à Sète, presqu’île (”île singulière” selon l’expression de Paul Valéry).
Le film articulera des vues de Sète et de l’île de la Loire ainsi que de nombreux dessins fixes et animés qui sont des autoportraits à travers mes obsessions du déracinement et de l’enracinement. Des lectures des textes de Paul Valéry, Leïla Sebbar et Malika Mokkedem nourrissent ma réflexion.
J’ai effectué un travail aux archives municipales de Sète sur les noms infiniment variables de la ville à travers son histoire: identité instable et mouvante qui rejoint cette dynamique de l’exil et l’interculturalité. J’ai interviewé le président du club Occitan de Sète sur les origines du parler sétois et sur les différentes vagues d’immigration à Sète. J’essaye actuellement d’obtenir une interview de Malika Mokkedem écrivaine algérienne installée depuis longtemps à Montpellier qui décrit admirablement tous ses mouvements intérieurs de l’exil, des deux côtés de la Méditerranée.
Il me reste encore à achever les dessins, les filmer et tenter les prises de vue en lumière artificielle.

Lundi
12 jan 2009

Bonjour
J’ai le plaisir de vous annoncer que l’un de mes “nanars familiaux”, “Des Tatoos Partoos” tourné en super 8 et numérisé par vos soins sera projeté au Musée de la Poste le 19 janvier à 18h30 dans le cadre de l’Exposition “Les vacances, quelle histoire!” grâce au partenariat entre le Festival du film de vacances et le Musée de la Poste.

Cette projection a lieu le lundi 19 janvier à 18h30
Au Musée de La Poste - 34 bd de Vaugirard - 75015 Paris
Métro : Montparnasse-Bienvenüe
Musée de La Poste

Les “Nanars familiaux” sont une série culte familiale de 10 films tournés en super 8 avec les deux mêmes familles de 1997 à 2007 pendant les vacances. Canal Family avait consacré une émission (”Les films fait en famille”) à cette production artisanale en décembre 2007. Le festival du film de vacances avait sélectionné “Des Tatoos Partoos” pour la compétition de sa première édition en octobre 2007.
Chacun de ces “nanars” obéit à plusieurs règles: tourné, monté et effets spéciaux intégralement en super 8. Pendant les vacances, tournage éclair avec les deux mêmes familles. Des clins d’œil aux séries télés ou aux nanars des années soixante-dix et une relecture des genres du cinéma (Kung-Fu, épouvante, westerns, comédies musicales, super héros). Deux héros “Trut & Wullsch”, invariablement malmenés par une ribambelle d’enfants (Les Lémuriens).

Liens:
Sélection du Festival de film de vacances
Revue de presse

Wuwu

gene

Dimanche
11 jan 2009

Cécile Ravel est réalisatrice, plasticienne et enseignante en Arts Appliqués et en cinéma au Lycée Alain Colas à Nevers où elle a monté depuis dix ans un atelier super 8 qu’elle anime auprès de élèves de seconde Cinéma et Audiovisuel et auprès des étudiants de BTS Communication Visuelle. Elle a découvert le super 8 et le cinéma expérimental lors d’un séjour d’études au San Francisco Art Institute en Californie en 1990, et ne cesse depuis de pratiquer avec passion ce format.

Ses films et installations traitent de l’effacement et de la mémoire en rapport avec le dessin et les codes de la peinture.

Le super 8 est pour elle un format à la fois modeste et sophistiqué. Modeste, car, lui permettant beaucoup de spontanéité et l’amenant à une pratique très artisanale du cinéma. Elle défend d’ailleurs un “cinéma modeste” à l’instar du MIAM, Musée International des Arts Modestes de Sète, qui est sa ville natale, cinéma qu’elle développe à travers ses “Nanars familiaux”.

Sophistiqué, car la variété des émulsions et des caméras disponibles sur le marché lui permettent d’expérimenter un support protéiforme, aux potentialités considérables, particulièrement dans des films multi-écrans et des installations. Sans doute, devant le développement inexorable des arts et des supports numériques, l’argentique, et plus précisément le super 8, sont pour elle un idéal et une alternative: une autre façon de créer des images en mouvement, un autre rapport à l’écran, quelque chose de foncièrement tactile et sensuel.

C.Ravel est également membre du Collectif Jeune Cinéma qui distribue ses films.

Elle travaille actuellement à la réalisation de deux films: “Etre l’île”, deuxième d’une série de Carnets de notes, tourné en super 8 Chrome D, avec le soutien de Family Movie, et “Plume”, documentaire expérimental.

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